Récit en version imprimable

Vous vous rappelez ? nous étions il y a quelques heures à Joal-Fadiouth, parmi les pêcheurs qui rentraient au port.

Après cette imprégnation sympathique et colorée nous nous dirigeons maintenant vers Palmarin, la porte du delta du Saloum. (carte itinéraire N° 3)

      A l’approche de ce village, on aperçoit au loin des petits marais salants. Avec l’alternance des tas de sel, des anciens greniers à mils sur pilotis (greniers qui servaient à mettre les récoltes de mil à l’abri de souris et autres bestioles) et du cours d’eau, la conjugaison de couleurs est véritablement magnifique, seul regret : c’est un peu loin, peut-être même en contre-jour, même avec un bon zoom, le rendu du cliché est difficile.

 

Greniers sur pilotis         Petits marais salants

 



Les bungalows de la lodge


Notre hôtel, la « lodge de Palmarin Diakhanor » est en vue, on est au milieu de nulle part, l’impression d’être arrivé au bout du Monde.

Cette lodge (plan fléche A) nichée entre les plages de sable blanc et les lagunes du Delta de Saloum offre une situation unique. Son architecture est étonnante, comme sortie d’un conte pour enfants : un mélange Niominka et Peul.

24 bungalows en terre cuite ocre incrustée de coquillages, à proximité immédiate de la mer, au confort simple, loin du tourisme de masse.

Chacun comporte un vaste salon, une chambre ventilée avec moustiquaires, des étagères en terre en guise d'armoire. La salle de bain est composée d'une douche, d'un trapèze pour y suspendre vêtements et serviettes, d'un petit meuble en rondins, d'un WC (cuvette) et d'une bassine métallique qui fera un lavabo convenable.

 

  Les cuisines et un four traditionnel   Salon de plein air

 

      Les fenêtres sont de simples trous obturés par un panneau de bambous tressés qu'on maintiendra fermés à l'aide d'un rondin de bois brut. Les lits sont taillés dans la masse.
        A l'extérieur, un salon de plein air !.... un ou deux fauteuils pour se reposer, admirer le coucher ou le lever du soleil, ou pour tout simplement rêvasser et profiter de ce lieu magique.

La chambre d'un des bungalows     Le salon et la chambre   Le salon de toilette

 

      Dans ce lodge, suivant les règles du tourisme équitable et de l’écotourisme né de l’alliance entre « T.P.A. » et « Groupement des gîtes africains », tout est fait dans le respect de l’environnement et de ses habitants.

Fenêtre et volets locaux      Sur leur site, en page d’accueil,  http://www.gite-africain.com/ on peut y lire ceci résumé en quelques lignes :

 

Un habitant des lieuxEtablissement spécialisé dans le tourisme durable, équitable et culturel au Sénégal.

Nous faisons découvrir à notre clientèle le pays d’une façon différente.

7 gîtes et lodges éloignés des zones touristiques, 9 à 25 chambres

situés dans les plus beaux sites du Sénégal.

Nous disposons de tous les moyens de transport pour

vous faire découvrir un Sénégal hors des sentiers battus

 

       Le Groupement des Gîtes Africains :
          - participe à l'aide des populations locales;
          - cotise dans une mutuelle santé pour son personnel;
          - cotise une allocation chômage pour ses employés saisonniers;
          - respect l'environnement et ne bouleverse pas les us et coutumes locales;
          - 94% du chiffre d'affaire de l'entreprise reste au Sénégal.

L'entrée du lodge


      Une jeune femme : Céline assure seule l’entretien des chambres et la distribution des repas. 

     C’est certain, cet hôtel est très pittoresque, très proche de l’habitat et de l’habitant, j’ai adoré ce coté rustique, intimiste, mais toutefois regretté que les prises de courant ressortaient du mur, quant à celle de mon ventilateur, il y a une sorte d’allumette à l’intérieur, en voulant regarder de plus près, j’y attrape une « poignée de châtaignes »  

      Les allées qui rejoignent les différents bungalows sont recouvertes de plusieurs couches de coques, très joli, mais impossible d’y faire rouler une valise, il faudra la porter.

      Dans cette région, il est bien évident que l’électricité n’est pas au rendez-vous, celle-ci est fournie grâce à deux groupes électrogènes qui fonctionneront de 19 heures à 23 heures. Prévoyants, nous profitons de ce créneau pour tenir chargés, nos chargeurs d’appareils divers. Quant à l’eau, faisons preuve de civisme et ne restons pas une demi-heure sous la douche !

     

Coucher de soleil sur la lagune      Disposant d’une heure avant le dîner, tout le groupe sauf moi (qui déteste l’eau) ira faire un plongeon.

      Lorsque le soleil commence à décliner, je vais à mon tour du coté de l’Océan, mais suis sitôt apostrophée par un marchand ambulant installé sur le sable. Il me dit qu’il faut venir au coucher du soleil, que c’est très beau, me demande de venir le voir, je n’en ai pas l’intention, c’est l’heure du dîner !

     « Tu restes demain ? »
           « Oui »
           « Tu viens demain, tu viens demain ?… » je m’entends lui répondre
           « Oui je viendrais demain » sur ce il me demande mon prénom et me dit de demander Babacar 
           « Babacar, tu t’en souviendras, Thérèse, Babacar !  »

      De retour à ma chambre, je retrouve Nicole qui me dit que l’une d’entre-nous a perdu ses lunettes solaires dans la mer. Dans l'attente du dînerJean-Pierre et sa femme ont été surpris par la force de l’Océan, les rouleaux étaient d’une telle puissance qu’ils se sont retrouvés à faire un « roulé-boulé » et dans l’action, Myriam y a perdu ses lunettes. Babacar lui donne RV pour le lendemain matin, il lui apportera des lunettes de soleil, quoique pas à sa vue, mais ça sera mieux que rien !.....

      Alors que depuis notre arrivée, Douga avait montré une attitude  plutôt réservée, au dîner le voilà qui se lâche, c’est le tutoiement dans les deux sens, puis la bise à chaque « gazelle » le matin, il a « testé » son groupe, celui-ci l’a probablement  séduit de par sa cohésion et sa bonne humeur. Il commencera à nous amuser en jouant avec les mots, trouvant une définition de la RATP (entre-autres) bien différente de celle de chez nous, par exemple la DDE devient « Dix Doigts Engourdis »… pour ne citer que celle là ! Tu notes ! m’ordonne-t-il gentiment …

         Au repas, comme il le fera tous les soirs, il nous explique ce que l’on fera demain, et là, je commence à angoisser, il est prévu une balade en pirogue dans le delta, oui mais !.... il faudra pour aller jusqu’à la pirogue, marcher une centaine de mètres avec l’eau à presque mi-cuisses, puis y monter sans appuis ! Moi et ma phobie de l’eau…. mais chacun me rassure, m’aidera s’il le faut, bel exemple de complicité et de solidarité entre nous.

         Au menu : langoustines chaudes sauce moutarde, brochettes de lotte, que tout ça était bon ! Bonne nuit

 

Fleche recit chili 3

A Mardi 12 Mars.

 

Lever de soleil sur la lagune           7h30. Que ce lever de soleil, pris depuis les jardins de l’hôtel, est joli !  Le petit déjeuner avalé, Myriam et Nicole vont voir Babacar déjà installé sur la plage. Il a tenu parole, il lui a apporté, à choisir, plusieurs paires de lunettes de soleil,

          Ces sénégalais sont véritablement  des hommes d’une serviabilité extraordinaire.

          Revenue, Myriam me crie « Thérèse, faut que tu ailles le voir, il te réclame ! » Il a donné aux deux femmes un joli collier + un pour moi ! je suis touchée par cette sensibilité, même si c’est un peu commercial. On ira tous le voir en début Douga m'aidant à aller jusqu'à la pirogued’après-midi, c’est promis.

          9 h. Départ à pied par des chemins de piste jusqu’à l’embarcadère de Palmarin, un petit kilomètre et me voilà face à cet Océan qui me fait peur, moi qui n’habite pourtant qu’à 25 kms de lui !.... (carte itinéraire N°3)

          Voyant que je ne suis plus du tout à l’aise, que j’angoisse, Douga me prend par la main, me rassure.  à Monique et Jean-Claude pour cette sympathique photo.

          La pirogue est là tout près, reste maintenant à s’y installer, ce que chacun arrive à faire avec plus ou moins de difficultés, selon son âge et sa sveltesse, Simon, le conducteur de la pirogue, d’un geste sûr me soulève et hop j’y suis !  La pirogue motorisée appartient à l’hôtel, Simon y est employé, celle-ci est fabriquée en fromager, arbre énorme doté de grandes racines qui forment de longues lames à la base du tronc.

           Bien barbouillés de cirage blanc, comme dit Douga, chapeau protecteur sur la tête, nous partons à la découverte du delta et de sa mangrove. La mangrove du delta

 

            Le delta du Saloum est l’une des régions naturelles les plus étonnantes et magnifiques du Sénégal, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2011. Situé au confluent des fleuves Siné et Saloum, il couvre quelque 334 000 ha. Coincé entre la Petite Côte et la Gambie, il recèle un fouillis inextricable de milliers d’îles parfois habitées, canaux et bancs de sable, où la mangrove, formation végétale composée de palétuviers surgis de l’eau, s’épanouit sans compter. C’est aussi l’un des plus grands sites ornithologiques d’Afrique de l’Ouest où cohabitent près de 200 espèces d’oiseaux, sans oublier une profusion de poissons, coquillages et crustacés.

 

      Si rien n’est fait, la mangrove va disparaître, le pays perd chaque année environ 45000 hectares de forêts,  les populations locales détruisent cet écosystème en y pratiquant des coupes de bois frais. Ce bois de la mangrove est utilisé dans la Simon, le conducteur de piroguefabrication de la maison ou encore comme bois de chauffe, les feuilles servent pour la teinture et le traitement de certaines maladies, ce qui fait que les populations en font une utilisation abusive. La CNUED (Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement) a constaté que le meilleur moyen pour arrêter cette déforestation est de classer les forêts en aires protégées.

 

     Simon, une boussole dans la tête, nous balade à travers ce labyrinthe de bolongs, lieux de reproduction des huitres et des poissons. Que cet endroit est calme, silencieux !

      Il jette l’ancre, stoppe sa pirogue et nous prête le matériel nécessaire.

      Au déjeuner, nous devrons manger ce que nous allons pêcher, c’est peu dire qu’il va falloir se mettre à l’ouvrage !!!

      La pêche à la palangrotte avec Simon c’est du pur artisanal, il remet à chacun une ligne entourée sur une plaque de liège, l’appât est une crevette qu’on enfile sur l’hameçon, après avoir tiré environ 7 mètres de fil, on lance le plus loin possible, en essayant de ne pas l’emmêler.

      Et c’est là que je vais démontrer à Simon et à Douga comment s’y prendre !...   en ramenant un mérou, moins de 10 minutes après avoir lancé mon fil, plus tard, Monique pêchera une raie, Jean-Luc, une carpe, Simon, un magnifique serpent d’eau qu’il rejettera à la mer.

 

Ma pêche miraculeuse, un mérou     Le groupe dans la pirogue         Un serpent d'eau pêché par Simon

Jean-Luc qui perd le contrôle de la pirogue !


     Il y a certes beaucoup de poissons, mais ceux-ci plus malins que nous mangeaient la crevette et….. by-by les toubabs !

     Changement de « coin »… Pour la manœuvre, Simon demande à Jean-Luc, positionné à l’avant de la pirogue, de tirer sur la corde pour décrocher l’ancre.

     « Hé Jean-Luc, tu as eu ton permis bateau dans une pochette surprise ? »

     On a bien failli se retrouver au beau milieu de la mangrove, pardon ! excuses moi Jean-Luc   je dirais plutôt, failli aller aux pâquerettes... c’était moins une !...

     Merci Sylvie d’avoir pris cette photo dans l’instantané et de me permettre de la mettre sur ce site, la mine ahurie de Jean-Luc à cet instant me fera toujours rire.

     Sur le retour, nous croisons des pêcheurs, Simon s’en approche, heureusement pour eux ! leurs pêches ont été plus fructueuses, ils jettent quelques spécimens dans notre barque, un petit cadeau pour Simon !...

 

Retour de pêche     Retour de pêche

 

Le plat local, le thiou        Au déjeuner, nous apprécierons un plat local : « le Thiou » : poisson frit au barbecue accompagné de riz, de carottes…. et d’une sauce aux oignons, délicieux !

        Douga se révèle être un grand séducteur, le voila qui finement me demande d’être sa seconde épouse, il veut que je divorce…. et invite tout le groupe au futur mariage ! ceux-ci bien évidemment en rajoutent, trop heureux disent-ils d’une telle invitation !....... il tissera ainsi une toile de séduction et de charme durant tout le voyage. Quoique plutôt gênée et stupéfaite, je le laisse dire, que puis-je faire d’autre ! et puis ce ne sont que des paroles qui après tout sont plutôt gentilles, voir flatteuses !.... Myriam et Sylvie, enhardies, profiteront alors de chaque occasion pour en remettre une couche, ça amuse tout le monde, je me détends, on se laisse tous aller à de grands éclats de rire, partageant ainsi des moments sympas et…. inoubliables.

        Il fait chaud, très chaud !.... hors de question pour Douga d’exposer ses « chochottes de gazelles » comme il aime à nous appeler, à de si hautes températures, aussi ça sera repos jusqu’à 16 heures.

        Babacar, nous ne t’oublions pas !.... lui et deux autres marchands ambulants sont là, leurs artisanats posés sur un tapis à même le sable, il me reconnait, ça lui fait plaisir que je sois revenue. Une demi-heure plus tard, je crois qu’ils ont fait le chiffre de la journée.

 

Babacar, sympathique marchand d'artisanat      Sur la plage près de l'hôtel, marchands d'artisanat

 

Promenade en charrettePromenade en charrette            16 h. Par groupe de 4, nous voici installés dos à dos dans une charrette, avec un matelas pour poser nos délicates fesses. Conduit par Haussmann son cheval, François nous mènera tour à tour, jusqu’au village proche de Diakhanor. (flèche B sur le plan)

           On repasse par le petit port de ce matin, apercevant au loin des tas de coquillages (coques) ramassées à marée basse par les femmes, puis voici de drôles de petits crabes, les « crabes violonistes » qui s’engouffrent dans leur terrier dès qu’ils sentent notre approche. Ne faisant que 3 cms, il faut des yeux de lynx pour les apercevoir sur l’écran de l’appareil !


           Appelé ainsi à cause de l’énorme pince du mâle, longue de 10 cms alors que l’autre ne mesure que 2,5cms. Il se cache sous la mangrove à marée haute et sort à marée basse pour se nourrir de cadavres et de plantes en décomposition qu’il cherche dans la vase.

 

Les crabes violonistes     Haussmann, le cheval du lodge

Bel oiseau bleu

     La balade dans la brousse nous fait passer par de bien beaux paysages, joli ce petit oiseau tout bleu perché sur le fil électrique, dont je n’ai pas noté le nom, un cordon bleu ? Merci Myriam pour la photo.

     Douga si toutefois tu lisais ce récit, j’ai besoin de tes lumières  

     Passage obligé aussi parmi les tas de détritus, hélas une généralité dans les villages.

 

Paysage de brousse    Paysage de brousse

     Voici les palmiers-tisserands, appelés ainsi par la population locale car ils sont remplis de nids tissés par les oiseaux.

     « On peut rencontrer des hyènes à la nuit tombée » nous dit très sérieusement François, elles dorment dans la mangrove durant la journée et vont dans la brousse la nuit pour chasser, brrrr…..

Paysage de brousse  Palmiers-tisserands  Palmiers-tisserands

           A Diakhanor, village de 600 habitants, dans l’ensemble les maisons sont en dur, il y a aussi quelques propriétés construites par des français,  les enfants nous courent après « cadeau, cadeau ! »

Une case traditionnelle dans le village  Construction d'une case traditionnelle


Pause dans le village sérère


     La promenade à cheval est terminée, nous disons au-revoir à François pour retrouver Douga qui a profité de notre absence pour faire sa petite sieste à l’ombre.

     18h30. C’est à pied que nous retournons dans ce village de Diakhanor, à 800 mètres de là,  pour y prendre un verre dans le « bistrot » du coin, tenu par la femme de Simon. Craintifs, trois de ses 4 enfants s’accrochent à elle.

     Surprenant ! ils ont tous quatre enfants : Simon, Douga, Zal notre prochain chauffeur,  je ne pense donc pas ces hommes soient polygames. Par décence et respect de leur vie privée, nous ne leur poserons pas la question.

 

     Petites infos sur la pratique de la polygamie. Le Sénégal, quoique cette façon de vivre tende à diminuer, serait le pays ayant la plus forte société polygame dans le monde.  Pays musulman à 90 % il n’est autorisé que !…. 4 femmes par homme.

    Dans les régions rurales, toute la famille au sens large… (grands-parents, parents, frères et sœurs, cousins, neveux.…) habite dans le village,  formant une Rencontre avec la femme de Simon et ses enfants, ethnie sérère« concession » solidarité familiale qui se manifeste également en cas de problème.  

    La première épouse est la reine de ce petit harem, on devra lui demander son accord pour les mariages suivants. Chacune des épouses possède sa propre maison où à tour de rôle son époux viendra lui rendre visite.

 

La femme de Simon, ses enfants et Douga     Simon et sa femme font partie de l’ethnie Sérère, la troisième ethnie du Sénégal, après les Wolof et les Peuls.  Ils ont une taille haute et élancée, le teint noir et les traits fins. Ceux qui comme Simon pratiquent la pêche dans le delta du Saloum sont des Sérères Niominka.

     Leurs enfants, à ma grande surprise, portent des noms bien français,  (tout comme Céline, Simon, François ) j’en fais la remarque à Douga qui me dit qu’ils sont catholiques.


     Musulmans d’origine, les Sérères sont  les premiers africains convertis à cette religion, aujourd’hui, chapelles ou églises ont leur place dans tous les villages.


     Retour à l’hôtel où Céline nous sert des gambas et du zébu en plat de résistance.

     Il faut, malgré la chaleur qui règne dans le bungalow, mon ventilateur ne marchant pas, de toute façon, extinction des feux à 23h…, tenter de passer une bonne nuit car demain le réveil sonnera à 6 heures, une grande journée et de nombreux kilomètres nous attendent. Là encore, le vacarme des vagues gênera quelque peu le sommeil.

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