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      *Jeudi 14 Mars.  (suite) Un peu avant Kebémer, situé une trentaine de kilomètres après Lompoul, nous nous arrêtons dans la communauté rurale de la région de Louga, (carte itinéraire point N° 7) à la maternité de Diokoul Diawrigne (chef-lieu de collectivité locale).

              Cette communauté de 17000 habitants regroupe 63 villages, partant de la route nationale jusque vers le Littoral.

 


 

Accueil de la maternité            Nous pénétrons dans une salle que je qualifierais de salle d’attente, une quinzaine de femmes sont là, plusieurs avec déjà un jeune enfant.

            Après avoir donné son assentiment, Mareme, jeune sage-femme nous reçoit Mareme, jeune sage femmedans son bureau, alors qu’une patiente y est présente, et ça ! ça me surprend énormément  la pauvre !.... elle doit se demander qui sont ces intrus toubabs qui viennent perturber sa consultation.

 

            Mareme répondra à nos questions. Elle accouche secondée par son assistante, en moyenne 500 femmes par an. Aujourd’hui 14 Mars, elle en comptabilisait 87 depuis le 1er Janvier, tout est inscrit dans ses registres. Elle essaie de voir chaque patiente trois à quatre fois, en donnant des RV dès la première visite.

             Les femmes repartent chez elles, en moyenne seulement deux à trois heures après avoir accouché si tout va bien !....nous n’avons d’ailleurs pas vu de bébés.  

            Je n’ose imaginer comment celles issues d’un milieu rural rentrent chez elle, avec un nouveau-né d’à peine quelques heures !

            Il va sans dire que la mortalité enfantine est très importante au Sénégal, 55 décès de nourrissons de moins d’un an pour 1000 naissances, le mettant au   37ème  rang mondial, pour comparaison, celle de la France est de 3,3 pour 1000.

            Nous visitons ensuite la « salle d’accouchement »  les murs sont recouverts de faïences, sur l’un d’eux, scotché un vieux poster de l’Organisation Mondiale de la Santé préconisant les gestes élémentaires à tout accouchement, un lit qui est bien loin d’avoir le confort rudimentaire, un évier, l’eau courante, une balance. Pour réchauffer le bébé en cas de besoin, 4 ampoules reliées chacune d’elle à un interrupteur, l’ensemble situé au-dessus d’un petit matelas.

La salle d'accouchement    La salle d'accouchement    La salle d'accouchement    

            Douga nous entraîne maintenant vers la « salle de consultation » nous y rencontrons le docteur, responsable de cette maternité, tout à coté, la pharmacie.

Le docteur, responsable de la maternité        La pharmacie

            Personnellement, ce lieu m’a  beaucoup marqué, même si je savais que les femmes d’Afrique noire n’accouchaient pas  dans de bonnes conditions, je repense à la venue au monde de mes enfants, me disant que les françaises ont bien de la chance !.....

      Après avoir visité avec beaucoup d’émotions cette maternité, nous reprenons sous une chaleur écrasante la Nationale 2 en direction de Louga. Cette portion de route est longée par la ligne de chemin de fer qui, il y a encore moins de 10 ans, reliait Dakar à Saint Louis, il y passait le T.G.V. entendez par là, le Train Grandes Vibrations  !.... Mous Diouf, acteur connu de la série Julie Lescaut, décédé récemment, était originaire de cette importante ville de Louga, beaucoup de Sénégalais qui vivent en France viennent de cette région.

 

      Depuis un moment, Douga est à la recherche d’une école de village, quoiqu’elle ne comporte aucune indication, rapidement il en trouve une : l’école de NDieye Niang, construite au milieu de nulle part.

Les élèvesOumar, l'instituteur      J’imagine sans peine tous ces gamins devant probablement parcourir des kilomètres pour venir s’instruire...

      Notre arrivée, je dirais presque notre intrusion… fait sensation, les enfants très respectueux se mettent immédiatement debout, je ne sais trop qui est le plus impressionné, ces enfants ou moi !  toutes ces frimousses ébènes nous dévisageant de leurs billes rondes.

      Je constate qu’il y a plus de garçons que de filles, serait-ce parce que les filles sont plus utiles au foyer ?... les parents, bien souvent analphabètes ne voient pas l’intérêt et n’ont parfois pas assez d’argent pour les envoyer à l’école. Constat est établi que lorsque les filles  sont en force de travailler, elle sont enlevées de l’institution et gardées à  la maison pour travailler ou aider leurs mères.

      L’illettrisme est encore important au Sénégal et les filles ne seraient que 15% à atteindre les cours secondaires. Dans les milieux pauvres et ruraux, un enfant est considéré comme moyen d’obtenir de la nourriture, une source de survie.

            Pouvoir aller à l’école est une réelle chance pour eux, car tous n’auront pas cette possibilité.

           Allez donc faire comprendre çà à nos chères têtes blondes qui, pour un tout petit bobo ou par peur d’être grondés, rechignent à s’y rendre !...

     Après que Douga eût fait connaissance avec l’instituteur et nous ait présentés, celui-ci offre quelques minutes de son temps. Oumar fait la classe à plusieurs divisions : CE1, CE2 et CM1. Depuis 2012, pour enseigner, le Bac est devenu obligatoire, derrière nous un grand tableau noir, avec des cours de français, de mathématiques, de géographie.

 

Le tableau noir     Les élèves     Le tableau noir

Douga leur demande alors de nous interpréter une petite chanson, mais ces gamins sont effarouchés et personne n’ose se lancer.

    « L’hymne national, vous le connaissez bien ? » leur demande-t-il

    « Seuls les  plus grands  l’ont appris » répond Oumar.

    Mis en confiance et encouragés par Douga qui chantera avec eux,  ces jeunes écoliers timidement, le regard fuyant, nous interpréteront  un couplet et le refrain de cet hymne écrit par l’ancien président Léopold Sédar Senghor (musique Herbert Pepper)

 


Pincez tous vos koras, frappez les balafons.
Le lion rouge a rugi.
Le dompteur de la brousse
D'un bond s'est élancé,
Dissipant les ténèbres.
Soleil sur nos terreurs, soleil sur notre espoir.
Debout, frères, voici l'Afrique rassemblée


Fibres de mon cœur vert.
Épaule contre épaule, mes plus que frères,
O Sénégalais, debout !
Unissons la mer et les sources,
unissons la steppe et la forêt !
Salut Afrique mère.


 

 

L'institutrice      Les cours sont distribués de 8 h à 13 h.

Les élèves      Douga nous avait fait préparer quelques « cadeaux » stylos, crayons, gommes etc…. qu’on essaiera de partager au fil du voyage. Sylvie, beaucoup plus prévoyante avait également amené dans ses bagages des cahiers, même un ou deux livres d’école, mais pourquoi ne pas avoir pensé également à des craies ! ce n’était ni lourd ni encombrant, un conseil, si vous allez là-bas et que vous devez voir une école, pensez-y.

      Oumar nous accompagne dans la salle voisine et nous présente sa collègue : Mme Ndiaye, celle-ci enseigne aux CM2, même accueil courtois.

     Au tableau, est écrit le refrain de « La pêche aux moules » Douga nous met au défi à notre tour de chanter, ce que tout en battant la mesure, Myriam acceptera sans se faire prier … Les enfants mi-médusés, mi-amusés l’écoute…      Et moi…. je te filme !....

       

Les élèves      Les élèves      Les élèves

    

L'école      

      Tout en regagnant le véhicule, je me retourne, Oumar et Mme Ndiaye sont sur le pas de la porte, nous nous faisons nos adieux d’un geste de la main.

      Au-revoir Oumar, au-revoir Mme Ndiaye, au-revoir les enfants, quoique ces instants furent brefs et qu’on ne se reverra jamais, je ne vous oublierais pas.

      Merci à toi Douga de nous avoir offert ces moments d’émotions.

      Merci à toi aussi Myriam, te voir chanter « La pêche aux moules » dans ce contexte avait quelque chose d’irréel, de captivant, de fascinant.

 

           Et nous reprenons notre route….. pour Saint-Louis où nous devons y déjeuner.

 

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