Récit en version imprimable

* Suite du Lundi 30 Janvier. Après avoir contemplé les flamants de la lagune au milieu du désert de sel, nous voici arrivés au :

 Pukara de Quitor, situé à 2,7 kms au Nord de San Pedro de Atacama. (point N° 5 carte itinéraire)  toujours à 2400m environ d’altitude.

Mais qu’est-ce donc qu’un pukara   c’est une forteresse d’environ 300m de circonférence, bâtie à flanc de colline, en pierre liparita (à foison dans la région) après la chute de l’empire Tihuanaco (période pré-inca allant de 900 à 145 avant JC). Les premiers habitants devaient être des éleveurs nomades de guanacos  qui se sont installés et fondé ces villages. 

Cette forteresse aux habitations enchevêtrées, déclarée monument National en 1982, fut construite en terrasses par les Acatamenos, dans un méandre où coule les eaux du rio Pedro, pour contrôler la route de trafic ancestral, et offrir un refuge à priori sûr !.... en cas de conflit.


Les conquistadores s’y attaquèrent en vain une première fois en 1536, mais en 1540 les forces indigènes capitulèrent après avoir lutté courageusement, mais pouvait-il en être autrement face à ce système d’attaque inconnu d’eux, qu’étaient les chevaux et les armes à feu ?   nous avons déjà entendu cette même histoire lors de la prise de la forteresse d’Ollantaytambo au Pérou.  En signe de victoire et pour soumettre la population ! … les envahisseurs Francisco de Aguirre et Pedro de Valdivia, firent décapiter 300 indiens, les chefs, mirent leurs têtes sur des tiges et les exposèrent sur les murs tout autour des remparts.

Cette forteresse n’avait pas qu’un but défensif, c’était également un lieu de vie, il a été découvert lors de fouilles,  qu’il y avait au moins 200 espaces indépendants reliés entre-eux par des chemins d’accès et de tailles différentes : cuisines, chambres, cours, greniers à céréales aux formes arrondies, tours de guet …. La technique de fabrication : pierre, poutres de chanar ou de caroubiers, de la paille Ichu, et une sorte de boue pour colmater les pierres.

  L’entrée est payante.  Le soleil cogne, les chapeaux, la crème solaire et la bouteille d’eau sont indispensables. Avant d’entreprendre la grimpette, Victor-Hugo nous donne  une explication et nous remet une brochure d’information (espagnol et anglais …)   La montée offre une superbe vue panoramique sur l’oasis, les volcans et l’ensemble des murailles, mais elle se mérite, il faut gravir un dénivelé de 70 mètres.

Restauré en 1980 le site est protégé depuis 1996, la municipalité de San Pedro de Atacama, voyant les touristes affluer du monde entier, 40 000 par an, scénario catastrophe !.... a décidé  avec les communautés autochtones de Quitor et de Coyo de valoriser, protéger et gérer les deux sites archéologiques importants : le village de Tulor et le Pukara de Quitor, projets financés par la CONADI de Calama, et parrainés par les communautés elles-mêmes.

Aujourd’hui l’accès y est bien aménagé,  d’abord des marches mais sans rambarde …… puis on suit les flèches.

    

 

*Le village de Tulor, un des plus vieux sites archéologiques de la région du Nord du Chili (période pré-colombienne entre 800 ans av J.C. et 500 après) est situé à 10 kms au Sud de San Pedro de Atacama, entre l’emblématique Cordillère du Sel et les dunes du sable, qui malheureusement depuis deux millénaires l’ensevelissent petit à petit. En 2005, le World Monuments Wacht (programme lancé en 1996 qui attire l’attention internationale sur des monuments et sites du patrimoine culturels dans le monde menacés par la négligence, le vandalisme, les conflits armés ou les catastrophes naturelles)  considère ce site comme l’un des 100 les plus menacés dans le monde.

Le village disséminé au milieu du désert est fait d’une série (106) de structures circulaires construites en adobe, reliées entre-elles par des patios et des passages et entourées d’une enceinte. Les chambres étaient construites avec un plafond voûté atteignant 2 mètres, terminé par un toit conique soutenu par des poteaux en bois.  Les archéologues pensent que 150 à 200 Atacamanès y vivaient, pratiquant l’élevage, l’agriculture, la céramique (ustensiles pour la cuisine et le transport des liquides) et le tissage,

Au début de l’ére chrétienne, c’était le lieu d’importants échanges (argile, bois, os, cuir, textile) de par sa proximité du plus grand lac salé du Chili, comme peut en témoigner les quelques objets trouvés lors de fouilles et qu’il est possible de voir dans une des deux maisons reconstruites à coté du site.

Complètement recouvert et protégé par le sable, ce village a été découvert en 1958 par un prêtre jésuite Gustavo Le Paige.

Aujourd’hui seules les fondations subsistent, mais faute de restauration permanente, elles risquent bien de se retrouver d’ici peu de nouveau entièrement ensevelies. Ici comme au Pukara de Quitor, la présence  humaine a fait du dégât, mais là aussi un accord a été signé entre diverses communautés, pour mettre en œuvre un plan de gestion de valorisation et de conservation de ce patrimoine culturel, c’est ainsi qu’on peut voir de près les 22 habitations en partie dégagées, depuis une passerelle et un belvédère couvert.

         


Après ces intermèdes culturels et historiques, nous retrouvons Hugo qui nous mène au centre de San Pedro pour déjeuner au restaurant Ckunna, celui-ci est situé rue Tocopilla, bâtiment historique qui appartenait à la première école de la ville au début de l’année 1900, il a été restauré et présente une architecture originale.  

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de l’un de nos co-voyageurs, nous lui faisons la bise, il ne lui reste plus qu’à offrir l’apéritif, heureusement pour lui,  nous ne sommes pas nombreux      

 

Sitôt celui-ci avalé, nous nous rendons à pied au Musée arquéologique Padre le Paige  

On doit ce musée à un missionnaire belge Gustave le Paige, nommé curé de San Pedro en Mars  1955, qui portait un intérêt évident pour le passé de la culture d’Atacama.  Avant son arrivée, San Pedro situé au milieu du désert le plus aride de la planète, collé à la frontière bolivienne n’avait  rien d’un paradis. Grâce à ce prêtre qui visita les cimetières préhistoriques et les lieux habités par ces tribus, rassemblant pendant 25 ans une quantité phénoménale d’objets anciens, la région se découvrit une archéologie forte et la culture atacamène, civilisation oubliée, rendant ainsi leur identité à la population locale.

Visites guidées en plusieurs langues, mais aujourd’hui Lundi, les guides propres au musée sont absents, et Victor-Hugo n’obtient  pas l’autorisation de les remplacer auprès de nous. Avant de nous laisser entrer, il nous donne quelques sommaires explications et c’est seuls que nous découvrirons celui-ci.

Cette bâtisse octogonale  évoque à l’aide de panneaux explicatifs en espagnol et anglais,  l’histoire des populations de l’Atacama, avec une  collection d’environ 380 000 pièces allant de la culture des Atacamanès jusqu’à la conquête espagnole.

En 1957, Le Paige ouvrira un premier musée dans sa maison paroissiale et en 1963, grâce à l’appui de  l’Université Catholique,  on assiste à l’inauguration de celui que l’on peut voir actuellement.

En son honneur, une statue est érigée devant le bâtiment.

Parmi les pièces importantes : des ustensiles utilisés pour préparer, ingérer et fumer des plantes  hallucinogènes (rite chamanique)  la salle du trésor atacamène, avec des plaques d’ornement en or, quelques vases des années 500-900, des céramiques, des textiles…. Dommage, nous ne verrons pas les momies, retirées de l’exposition depuis 2007 à la demande du peuple Lickanantay.

Nous n’avons pas plus de chance qu’hier, le ciel est encore bien couvert, nous n’aurons décidément pas notre coucher de soleil depuis les dunes sur la Vallée de la Lune, une de mes grosses déceptions, mais que faire contre les caprices du temps, à part se taper la tête contre les murs !  

Victor-Hugo nous donne  donc quartier libre jusqu’au dîner, j’en profite pour aller faire un tour du coté du marché artisanal, hier il faisait vraiment trop chaud, celui-ci est à coté du musée Gustave le Paige, face à l’église. Une grande allée couverte de roseaux ou tout un alignement de boutiques vous offre de quoi faire un cadeau à votre entourage ou vous faire plaisir ! :  objets typiques et traditionnels de la région :  pulls à partir de laine de lama, d’alpaga ou de mouton, gilets, chaussettes, peaux, sacs, bonnets, chapeaux, objets en bois de cactus, travail de la pierre volcanique,  feuilles et bonbons pour combattre l’altitude, cristaux de sels, etc….

   

 

Que reste-t-il encore à voir à San Pedro ?  l’église coloniale bien sûr ! il est évident que nous ne  repartirons pas sans avoir vu cette  belle petite église blanche !  San Pedro.

Elle fut construite au 16ème siècle sur Plazza de Armas, la place du village, avec des matériaux locaux et des techniques artisanales : épais murs en adobe, plafond en cardon (bois de cactus) et en guise de clous : de solides bandelettes de cuir, sa toiture est recouverte de terre et de paille, le mur d’enceinte et les arches ont été rajoutés en 1745, le clocher en 1890. A l’intérieur, jolies statues et beau retable polychrome, aujourd’hui elle est classée monument national.

Nous regagnons l’hôtel en passant par les rues piétonnes, en terre battue, quoique le ciel soit toujours couvert, les flaques ont disparu. Ce village perché à 2440 m au milieu du désert d’Atacama est très touristique, ses rues principales : Caracoles et Tocopilla sont essentiellement constituées d’agences proposant des excursions pour visiter cet environnement extraordinaire (Vallée de la Lune, Geysers del Tatio, Pukara de Quitor, Aldéa de Tulor …) Il est possible aussi de louer des vélos, vous y trouverez aussi sans peine de quoi vous restaurer et vous loger.

Notre hôtel : l’Hosteria San Pedro se trouve un peu à l’écart : Toconao, au sud du centre.

" Regarder le soleil se coucher depuis la superbe Vallée de la Lune laisse un souvenir inoubliable " voici en résumé les commentaires que l’on peut lire sur les guides touristiques et certains reportages vécus, c’est sur que ça sera un souvenir qu’on n’est pas près d’oublier ! 

Rendez-vous à 19h15 avec Victor-Hugo pour notre ultime dîner à San Pedro. Je crois qu’au Chili, les restaurants auront dû se plier à nos habitudes françaises, principalement pour les petits-déjeuners et dîners que nous prenions finalement très tôt (7h30 et 19h30 eux c’est plutôt 9h et 21 heures) ….

      Mais ce soir est un peu spécial, car demain il faudra se lever tôt, très tôt… pour aller admirer, de préférence au lever du jour, les Geysers del Tatio. De plus, il nous faut boucler les valises ce soir, elles iront directement demain à Calama ou nous passerons la nuit avant de nous envoler pour l'île de Chiloe, via Santiago.

Surprise désagréable à la sortie du restaurant : il pleut ! pas beaucoup, mais il pleut ! rendant une nouvelle fois ces routes de terre sombres la nuit tombée,  glissantes et dangereuses.

       J’apprendrais au retour, en fouinant sur la toile en quête d’infos, que l’Oasis de San Pedro a vécu seulement quelques jours après notre passage des conditions de météorologie rarissimes. Des pluies diluviennes se sont abattues sur ce petit village de terre, provoquant une situation bien misérable pour ces pauvres gens, maisons inondées, rivières sorties de leurs lits, murs effondrés, véhicules coincés dans le salar ou emportés par les flots, hôtel aux chambres inondées, sites touristiques fermés. Fort heureusement, d’après ce reportage, il n’y aurait pas de pertes humaines (source El desierto Florida)
      Je mesure le peu d'importance qu'à ma déception comparée à cette tragédie.....

Bonne nuit et à demain pour la suite du reportage

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