* Mardi 16 Mai (suite)

Le court trajet aérien (environ une heure) qui va me mener de Téhéran à Chiraz est ponctué de quelques petites turbulences.  Les hôtesses portent avec élégance, un petit chapeau par-dessus leur foulard, dommage que je n’ai pas osé en prendre une en photo !.  A bord  est servi une collation (sandwich, kiwi, petit gâteau et jus de fruits) Je ne donnerais pas 20/20 à ce pilote, l’atterrissage fut un peu brutal !

Je fais alors la connaissance de Hamid, qui sera le chauffeur du groupe jusqu’à notre retour, il nous conduit directement à l’hôtel distant de 10 kms. Ca sera  l’hôtel Elysée. Quelle chance j'ai n'est-ce pas !  dormir à l’Elysée !

Les hôtels où j’ai séjourné pendant mon voyage en Iran, sont classés 3 étoiles par ce pays. N’y passant très peu de temps, je ne me suis pas spécialement attardée sur la décoration, je remarque toutefois que celui-ci a des lampes halogènes un peu partout, des prises de courant à foison, ce qui ne sera pas souvent le cas hélas, devant même parfois débrancher la télé ou le sèche-cheveux pour pouvoir recharger les batteries.  J’ai eu parfois un grand lit, un petit lit, le plus souvent deux lits jumeaux. Ils étaient tous pourvus d’un frigo avec à  disposition une ou plusieurs bouteilles d’eau, mais aussi oh ! tentation diabolique (à laquelle j’ai vaillamment résisté !)  de paquets de friandises et chocolateries de toutes sortes. Chaqu’un d’eux offrait en plus des produits incontournables afférents à la salle de bains ! : une paire de chaussons en tissu-éponge, une mini brosse à chaussures, un peigne, un chausse-pieds, un nécessaire à couture, tout ça au nom de l’hôtel, ça va en faire des souvenirs !

En Iran, faut-il le répéter !... l’alcool est totalement interdit. C’est donc avec un verre d’eau parfumée à la rose d’Ispahan que l’hôtel Elysée m' accueille.

Je dîne au restaurant de celui-ci, le «  Bistro Marlin » Au-dessus de ma tête un panneau à l’intention forcément des touristes européens !... préconise l’usage du « hijab » dans ces lieux. Les entrées sont sous forme de buffet, plusieurs soupes sont offertes, en dessert de la crème au caramel et de la gelée.

Dans le salon, un chanteur d’une  voix douce interprète au piano  quelques morceaux.


    * Mercredi 17 Mai 2017

Départ à 8h30. La première visite de la journée sera Persépolis. Qui de vous à l’école,  n’a jamais entendu parler de Persépolis, aujourd'hui classé au Patrimoine Mondial de l'Unesco. chapitre important dans nos manuels scolaires ?

      65 kilomètres  sépare ce site de Chiraz, dans la province du Fars. Le réseau routier est bon, il ne faudra pas longtemps pour y arriver. Sur le chemin, Hamid fait le plein, pas de gas-oil ! mais de glace. De la même façon qu’en France, on peut acheter des pizzas sur le bord des routes, ici en Iran il est vendu des gros morceaux de glace en l’état. Celui-ci, un bloc d’au moins 30 litres sera mis dans la glacière où je puiserais inlassablement, pratiquement à chaque départ de visite, ma petite bouteille d’eau.

Dans la campagne, les scènes champêtres se succèdent les unes aux autres, à plusieurs reprises, j’aperçois des gardiens de chèvres, pas le moins dérangées par la circulation routière, ici c’est un homme à califourchon sur son âne, là des marchands de pastèques, tomates, melons… Les maisons sont construites en brique de terre cuite.

Hamid doit régulièrement montrer ses relevés de conduite, jusque là rien de plus normal ! mais le hic c’est ces locaux n’existent que d’un seul coté de cette route à 4 voies, séparées par des barrières de sécurité, alors lorsque Hamid circule dans le mauvais sens, il doit franchir aller et retour, à ses risques et péril, ces quatre voies et enjamber ces barrières.


Comment résumer en si peu de lignes l’histoire de Persépolis, site ancestral et le plus visité du pays ? ce joyau resplendissant de l’art antique d’Iran. Ici les vestiges de + de 2500 ans magnifiquement conservés témoignent d’un pan majeur de l’histoire de la civilisation perse, citadelle royale des empereurs Achéménides. (point N° 2 carte itinéraire)



    C’est au cours du second tiers du 1er millénaire avant J.C. que se déroule essentiellement l’histoire de l’Empire que les Achéménides formèrent par le succès de leurs armes. Cyrus ll le Grand puis ensuite  Darius 1er englobent alors dans leur Empire, la Mésopotamie, la Syrie, l’Egypte, l’Asie Mineure, des villes et des îles grecques et une partie de l’Inde, devenant ainsi le 1er  dans l’histoire du monde par son immense ampleur.


    Aux alentours de 518 av J.C. Darius choisit un promontoire rocheux pour s’y faire construire un pavillon royal, une esplanade rocheuse de 125000 m2 qui fut aplanie, au pied de Kooh-e Mehr, à une altitude de 1770 m. Plus tard, ses fils et petit-fils,  Xerxès et Artaxerxés l firent édifier d’autres monuments grandioses sur ce site.  

    Cette citadelle royale, de 400 m de coté, comprenait des palais officiels et cérémoniaux, des résidences privées, le trésor royal et les fortifications. Les maisons des habitants de la ville étaient faites de briques crues, et de ce fait, furent entièrement détruites au cours de l’incendie allumé par Alexandre le Grand (330 av J.C) Ainsi après deux siècles de prospérité, cette ville fut abandonnée.

    Parsa était considérée comme le berceau, la mère patrie des Perses, ils y ensevelissaient les personnages illustres.

Allez go ! C’est parti pour au moins deux heures de visite, de « sur-place » Saĩdé achète une casquette dotée d’une immense visière à un marchand situé à l’entrée, si bien que je fais comme elle, craignant fort pour mon crane, quoique j'ai déjà ! le foulard. Ne devrions-nous pas avoir le prix d’élégance ainsi vêtues !...mais c’est qu’il fait chaud ! et au milieu de ces vieilles pierres ça devrait encore plus cogner. 34° d’après elle.

Après avoir marché une bonne centaine de mètres sur une esplanade, me voici au pied d’un escalier qui en 2 paliers et 111 marches s’élève de 12 mètres pour atteindre la fameuse plateforme. Ces marches qui ne font que 10 cms de hauteur permettaient, le cas échéant, de gravir l’escalier à cheval. Aujourd’hui bien dégradées, elles sont entièrement recouvertes de lattes de bois.

Un petit peu plus loin, on arrive à l’entrée, passage obligatoire pour les représentants vassaux de l’Iran devant se rendre aux palais d’audiences. Cet édifice dont il reste aujourd’hui trois portiques gigantesques et quatre colonnes élancées (16,5m) qui soutenaient le toit, se nomme « la Porte de Tous les Peuples »

Les colonnes sont constituées d’une base en forme de cloche à striures verticales, d’un fût cannelé, d’un chapiteau orné de feuilles, de boutons de fleurs, de fleurs de lotus...

En 1965, l’une d’elle été entièrement reconstituée avec les fragments des 2 autres ensevelies sous la boue et la pierraille, par l’équipe de restauration dirigée par Giuseppe Tillia.

¤ Les montants du portique Ouest sont taillés en forme de deux taureaux colossaux, reposant sur de hauts piédestaux. Ils regardent et observent les visiteurs qui s’approchent, leurs pattes postérieures évoquent la marche. Chacun d’eux porte une longue barbe rectangulaire. Leurs poitrines, flancs épaules et cuisses sont recouverts de boucles de poil gravés en forme d’écailles.

¤ A la porte Est, ce sont des sphinx a tête humaine, au corps de taureau et aux ailes d’aigle, qui regardent vers la montagne.

        


         ¤ Le palais des audiences de l’Apadana,
le plus grandiose monument de Persépolis, consiste en une salle centrale carrée à 36 colonnes, trois péristyles de chacun 12 colonnes et un alignement de salles de garde. Seules 14 des 72 colonnes sont encore debout aujourd’hui.
         On y accède par deux escaliers qui sont ornementés de bas-reliefs magnifiques.



 

 


    

      


Quelques bas-reliefs : * Un lion, dont la tête est représentée de face, qui laboure les flancs d’un taureau et plante ses crocs dans sa croupe.  Ce motif est retrouvé à plusieurs reprises, constituant une sorte d’emblème dynastique.

              * Des lanciers immortels portant l’habit Perse, ils tiennent leurs lances dressées à la verticale, le pommeau reposant sur la pointe de leurs pieds de devant.

             * Des porteurs de présents, émissaires provenant des différents pays vassaux de l’Iran, ils apportent des présents précieux pour le roi Achéménide. Ils sont guidés par un chambellan en habit perse.

                 * Un Arménien qui apporte une magnifique amphore aux anses ornées de lions ailés. Les Arméniens étaient les alliés des Perses et jouissaient d’une haute estime au sein de la société iranienne.

    


    Mis à jour et protégé par une vitre, un bas-relief très intéressant, quoique déjà bien abîmé !

 * Une scène d’audience royale. Le roi est assis sur son trône. Son costume consiste en une longue et ample robe aux manches plissées, un ample pantalon et des bottines Perses. Il tient le sceptre royal de la main droite et une fleur de lotus de la gauche. Le trône est une chaise décorée.

    Le prince héritier, debout derrière lui est suivi du porteur de serviette, du maître d’armes et d’un garde royal. Devant le roi, deux encensoirs servent au dégagement du parfum. Au-delà, en face du roi, un personnage se tient légèrement courbé vers l’avant, recouvrant son menton et sa lèvre inférieure de deux doigts de la main droite. Selon certains, ce geste devait empêcher l’air d’être pollué par le souffle d’une personne parlant en présence du roi. Il pourrait être le maître des cérémonies.

 

¤ Le Palais privé de Darius (Tachar) La plateforme est surélevée de 2,20m par rapport à l’Apadana. On y accède par un escalier orné également de beaux bas-reliefs.

L’un d’eux représente une inscription de Xerxès gardée par des soldats Perses, sur un autre, on y voit plusieurs personnes portant un agneau, des victuailles ou des ustensiles de cuisine, probablement des Mages apportant un agneau destiné à être sacrifié (miniature)

      ¤ Le palais privé de Xerxès (Hadish) d’une superficie de 2200 m2 (55 sur 40m) relié au Tachar par un escalier orné de bas-reliefs.

¤ Le Harem abrite aujourd’hui le musée, la bibliothèque et les bureaux administratifs et techniques de Persépolis.

¤ Le palais aux trois portiques. Sur le montant sud de l'un deux, on peut y voir le roi Artaxerxés l suivi de son prince héritier.

     


    ¤ Le palais aux cent colonnes (où salle du Trône) deuxième  du site par  sa superficie est construit deux mètres plus bas que l’Apadana. Dix rangées de dix colonnes supportaient son toit. C’est dans cette salle grandiose de 67m de carré que l’incendie Alexandre fut allumé. Les pierres utilisées pour sa construction ont été si disloquées et endommagées lors de cet incendie, qu’il fut impossible de les restaurer.

     

Quelques lignes sur cet incendie qui détruisit et mit fin à la gloire de Persépolis, capitale alors la plus riche et la plus grandiose du monde. Toutes les demeures, même celles des citoyens ordinaires regorgeaient de richesses, mobiliers précieux, tapis magnifiques et autres valeurs.

Cette grandeur prit fin début février 330 av J.C. lorsqu’Alexandre le Grand, ivre de conquêtes, livra la ville et ses habitants à ses soldats. Tous les hommes furent tués, les femmes et les filles réduites en esclavage et vendues. L’or, les bijoux, les tapis précieux, les armes, la fortune incalculable de la population furent pillés. Alexandre élit domicile dans la citadelle royale et s’installa dans le palais de Darius, il s’en appropria le riche trésor, récoltant une fortune de l’ordre de 120000 talents d’argent (4000 tonnes) Pour le transporter en un endroit plus sur, l’on fit venir 3000 chameaux et un grand nombre de mules de Suet et de Babylone.

Après avoir séjourné deux mois à Persépolis, il incendia la citadelle qui fut entièrement détruite. Pourquoi ? par pur orgeuil ! les Iraniens avaient bâti une grandiose capitale religieuse et nationale leur assurant la pérennité de l’empire Achéménide tant qu’elle serait debout. En y mettant le feu, il  signifiait à tous que l’empire Achéménide et son berceau n’existaient plus et qu’il était dorénavant le maître de l’Asie.

Or, il devait en être autrement, son décès prématuré sept ans plus tard emporta ses rêves de grandeur avec lui.

(Pour toutes les informations que vous avez pu lire sur cette page, je me suis inspirée du « Guide documenté de Persépolis » écrit par Alireza Shapur Shahbazi, traduit en français par Claude Cyrus Karbassi.)

Ne dit-on pas «  Bien mal acquis ne profite jamais » Alexandre le Grand aurait dû s’en inspirer ! mais cet empereur conquérant n’en était plus à une capitale près !

La visite de ce site prestigieux s’achève, Saĩdé propose à ceux qui le désirent de grimper jusqu’au mausolée. Cet ensemble situé à 40m du Palais des Cent colonnes, est bâti sur une terrasse comprenant plusieurs gradins. Une estrade et le mausolée des rois Artaxerxés II et Artaxerxés III sont taillés dans le roc. La façade à la forme d’une croix tronquée.

De cette hauteur, le grimpeur profite d’une superbe belle vue sur l’ensemble du site. Gaston et Michel s’y lanceront. Merci à toi Michel  pour ces belles images.


  

Et je reprends la route, cette fois en direction de la nécropole royale de « Naqsh-e Rostam » distante seulement de quelques kilomètres.

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