Le Vendredi  Saint

             Vendredi 14 avril  (Good Friday) suite…

Après la découverte du quartier Ouest de La Valette, nous nous dirigeons maintenant vers la gare routière pour prendre le 41 quai B en direction de Mosta pour y admirer la procession du Vendredi Saint.

Rien qu’à Malte 14 villes et villages perpétuent cette forte tradition, alors pourquoi avoir choisi Mosta ? Après maintes recherches, j’en ai déduit qu’à Zebbug on pouvait y voir des chevaux et des chars genre « Ben-Hur » et qu’à Mosta, c’était plutôt des pénitents les chaînes au pied, il semblerait que cette particularité n’ait lieu que dans cette ville d’où mon choix final.

Point N° 9 carte itinéraire

Nous arrivons en plein de cœur de la cité au bout d’une trentaine de minutes. Il est environ midi, l’église les portes grandes ouvertes s’offre à la découverte.

- Mosta (20 000 habitants) construite à l’intérieur des terres est une des plus importantes villes de Malte. Son nom est dérivé de « centre »  elle a commencé à se développer très tôt au Moyen-Age, cette situation centrale éloignée des côtes en faisait une cité plus facile à protéger. Elle est devenue très touristique notamment avec sa fameuse Rotunda, un impressionnant dôme.

- Mosta Dome (Rotunda Ste-Marie) c’est l’église la plus vaste de Malte et le 3ème  plus grand dôme  du monde : environ 39 m de diamètre pour 66 m de haut. Il fut construit entre 1833 et 1860 (consacré en 1871)  par tous les habitants  qui y ont y consacré bénévolement leur temps libre !    Etant une rotonde, l’église a un plan circulaire avec des murs d’environ 9 m pour pouvoir supporter le poids du dôme.

    On doit son imposante silhouette néoclassique à l’architecte d’origine française Giorgio Grognet de Vassé, qui s’est inspiré du Panthéon de Rome. On peut remarquer 2 horloges sur la façade, celle de gauche donne la date, celle de droite l’heure. Mais sur la plupart des églises maltaises, l’une donne la vraie heure et l’autre une fausse : une astuce destinée à tromper le diable. Sa façade a un portique avec six colonnes ioniques, qui est flanqué de deux cloches.

   Le miracle ! : Le 9 avril 1942, lors d'un raid aérien, une bombe de 500 kg de la Luftwaffe transperce le dôme et atterrit au milieu de plus de 300 fidèles venus pour la messe du soir. La bombe n'explose pas et ne fait aucune victime. Une autre frappe également le dôme, mais rebondit et n'explose pas non plus. Une réplique de la bombe est désormais exposée dans la sacristie à l'arrière du sanctuaire.

L’intérieur est tout aussi remarquable, en levant les yeux la clarté de cette immense coupole recouverte de faïence nous éblouit ! L’église contient huit niches et une abside profonde qui mène à l’autel principal. Il y a 2 autels, ceux-ci sont en argent massif. Quoiqu’où notre regard se  pose, ce ne sont que dorures, peintures, marbres, colonnes sculptées.  

         


       Ce qui nous frappe tout autant, ce sont les statues qui posées sur un socle emplissent l’espace. Elles sont là ! ces lourdes statues qui dans quelques heures seront portées par des hommes, à l’occasion de la procession du Vendredi Saint.

Tout dans les moindres détails est prêt pour la parade, du petit agneau, aux reproductions des tables de la loi, les écritures évangéliques, les étendards, sans oublier la couronnes d’épines.

 

 

 

      

Autour de la rotonde, quelques stands provisoires proposent : barres de nougats, boissons et le « Qaghaq ta ‘l-Appostli »  pain décoré d’amandes et de graines de sésame vendu les jeudi et vendredi saint.

Nous allons déjeuner au « Pjazza Café » situé tout à coté du dôme. Le restaurant se trouve à l’étage, l’animation qui règne autour du Dôme nous distrait un moment.

Notre repas terminé, nous profitons du temps libre, la procession aura lieu vers 17 h, pour nous balader dans Mosta. Impossible d’ignorer où passe celle ci, le service d’ordre met en place des barrières, des cordons, des panneaux d’indications à ne pas se stationner, la rue principale est décorée de bannières noir et mauve.

       15 h. Les gens commencent à arriver. Ce que je désire le moins c’est attendre deux heures et qu’au dernier moment quelqu’un se positionne devant moi et m’empêchera par la même occasion de filmer correctement, mais il y a une solution : devant l’esplanade de la rotonde et le long de la 1ère rue empruntée :la Triq II Kbira, les restaurants, les cafés, même les musées loueront des chaises : 3€ la place, celles-ci choisies, le reçu en poche, nous partons tranquilles à la découverte de l’insolite Mosta.

La balade dans les vieux quartiers ne manque pas de charme, d’autant que  nous sommes seules à nous y aventurer, pas un piéton, pas une voiture, seulement une habitante sur le palier de sa maison qui nous fait comprendre que la procession passera devant chez elle et une gendarme bien seule, la pauvre ! Ces ruelles sont dotées pour la plupart de ces jolis bow-windows de couleurs accrochantes.  

     

De toutes ces rues adjacentes : Triq II Torri, Sant’Anna… se profile le dôme, c’est certain on ne devrait pas se perdre à Mosta ! Ici au centre d’une place : une statue, là : l’oratoire Qualb ta’Gesu.

             

         16h30. Nous nous installons et attendons. Lors de la réservation des chaises, la rue était illuminée d’un soleil censé donner de la luminosité aux personnages, mais au fil des minutes,  l’ombre grignote.. grignote… pour finalement envahir entièrement cette route, mauvais calcul, il aurait peut-être fallu se positionner carrément face à la sortie de l’église. Et l’attente dure… les chaises se remplissent…. quand tout à coup les cloches sonnent et l’on entend une voix dans un micro  qui doit probablement commenter au fur et à mesure que la procession se dessine.

Il est 17h30, le cortège lentement… très lentement… sort de l’église et va parcourir ces quelques rues.

Vous voulez tout savoir sur cette procession ! voilà en quelques lignes des informations :

        La procession du vendredi saint (Il-Purcissjoni tal-Gimgha l-Kbira) tradition des îles maltaises, est un type unique de défilé religieux. Cet événement fascinant est à ce jour très recherché par les habitants et les visiteurs.

        Celui-ci se déroule dans différentes villes et villages. Malte à : Vittoriosa, Cospicua, Senglea, Valletta, Zejtun, Zebbug, Qormi, Mosta, Rabat, Naxxar, Gharghur, Paola, Luqa et Ghaxaq. Gozo : Victoria, Xaghra, Nadur, Xewkija, Zebbug, Qala et Ghasri.

        Ces processions élaborées ne sont pas organisées dans un but commercial. Tout est fait sur une base de volontariat. Les préparatifs commencent des mois avant le jour J et l'attention portée aux détails est d'une importance capitale pour que tout se déroule correctement le jour venu.

        Vous verrez diverses statues représentant les dernières heures de Jésus-Christ avant qu'il ne soit crucifié.   Vous verrez également beaucoup de participants volontaires habillés comme divers personnages liés de la Bible, tels par exemple : Hérode, Abraham, Moïse, Isaac, Veronica et bien d’autres encore ! ainsi que des dizaines de personnes habillées en soldats romains. La création de ces costumes suffit à elle seule à faire valoir votre visite.

         De nos jours, la quantité des statues dans chaque procession varie selon les villes et villages de 8 à 12. Cependant, dans le passé, une seule statue était utilisée.

          Vous verrez également de nombreux fanfares accompagnant les statues et défilant en interprétant des marches funèbres et sombres. La 1ère  procession du Vendredi Saint a eu lieu à Rabat, à Malte. Elles débutent généralement à 17h00.

         Accompagnés d’une fanfare jouant des marches lugubres, apparaissent  tout d’abord portée par des membres du clergé la bannière annonçant l’évènement, puis des enfants portant des pancartes liturgiques,  quelques prêtres, trois personnages bibliques.

  Voici la 1ère  statue portée par 8 hommes habillés de blanc de la tête aux pieds, coiffe, grande robe, même gants, seule la cravate identique à tous les participants et les  chaussures noires tranchent. Ils défilent d’un geste lent, leur déhanchement provoqué par de tout petits pas courts mais espacés, leur confère une allure assez originale, la main coincée dans la robe, au niveau du cœur, peut-être une façon de gérer leur équilibre précaire. Cette statue représente Jésus-Christ demandant conseil à un ange.

La lenteur de cette procession peut aussi être le résultat de fréquentes pauses, 4 hommes vêtus de noir les accompagnant soutiennent alors l’ensemble à l’aide d’une sorte d’étai. A Mosta, chaque statue est suivie par une vingtaine, voir plus de pénitents cagoulés, revêtus d’une robe blanche plissée, tenant une lanterne dans la main droite, une croix de bois dans l’autre, pieds nus et traînant des chaînes entravées à leurs chevilles. D’après notre logeuse, celles-ci pèseraient 16 kg.

   La procession continue, se déploie, voici maintenant une 2nde  statue, celle-ci portée par 10 hommes, suivie par des soldats romains si impressionnants avec leurs lances et leurs fouets, les armures rutilent.


    

     

       Puis voici Jésus-Christ portant sa croix, peu après  survient un homme lui aussi traînant sa croix, probablement le personnage biblique «
 Simon de Cyrène » suivi de 2 hommes : les deux larrons. Mais ici, on n’est pas dans le sadisme !... elles ont des petites roulettes …..et voilà encore des centurions, des soldats de l’armée impériale de César.

 

 



    Personnage représentant Simon de Cyrène


  

    

Puis pour finir Jésus sur la croix, statue suivie d’une chorale de fillette, des membres du clergé, et enfin le tombeau entièrement recouvert d’or !...


  

 

          Le cortège est passé, il a duré 2 heures ! du coup il n’est pas question de retourner l’apercevoir dans la rue parallèle, ça nous ferait trop tard. Un souci majeur va alors se manifester, lorsque nous sommes arrivées, le bus nous a déposées presque devant la rotonde, ce qui est certain, c’est qu’ il va falloir retrouver un arrêt quelque part en dehors du cœur qui est fermé.
       Et là nous avons eu un sacré coup de chance ! quoique j’aurais aimé rester sur la place ne serait-ce que quelques minutes pour prendre des clichés de ce dôme qui maintenant illumine la place, car à Malte en Avril à 19h30 il fait nuit. Mais toujours avec cette promesse d’un seul bus par heure, vaut mieux peut-être se renseigner avant.. de l’horaire et du lieu.

 



   La place de la rotonde est noire de monde, les cafés sur le parcours sont bondés, ambiance de jour de fête ! et c’est là que le culot (ou plutôt l’impétueux désir de ne pas rester coucher dehors ! )  paie !.... apercevant une jeune femme un badge autour du cou, la prenant pour un membre de la sécurité de Mosta, on lui demande, sans se poser de questions ! toujours in english, si elle peut nous indiquer où passent les bus. Elle nous répond en français  « Un peu plus loin sur votre droite » « Ok, merci » et on y va, sachant pertinemment qu’il nous faudra de nouveau demander,  quand quelques secondes plus tard elle nous rattrape et nous dit « Moi aussi je vais à Sliema, je peux vous accompagner » Après tout ! pourquoi pas, bien gentil de sa part, mais si on nous indique le bon arrêt après on sait se débrouiller !....et elle nous fait remonter la rue indiquée à la vitesse que ses jambes de 20 ans le lui permette, et on marche et on marche… elle nous raconte qu’elle est étudiante, qu’elle a fait un petit séjour en France, qu’elle paye ses études en étant guide et qu’elle est ravie d’avoir rencontré des françaises… Ca fait bien 10 minutes qu’elle nous entraîne dans sa folle lancée. On n’ose rien se dire sachant qu’elle nous comprendra, mais à ce moment là on se demande si on s’est bien comprises, ça paraît tellement improbable de devoir aller si loin trouver un arrêt …. Ça ne serait pas la première fois, et surtout pas la dernière que des Maltais, bien involontairement nous donnent de fausses informations.

          Et puis elle s’écrie « Le voila MON bus ! » Et bien oui ! nous sommes tombées sur une jeune femme qui accompagnait des gens pris à différents hôtels venus voir la procession. C’est alors qu’elle nous demande « Où faut-il faire arrêter le bus ? » quelque peu gênées par cette situation, après qu’elle ait insisté, on lui répond :« Sliema-Ferry sera parfait » Un petit mot au chauffeur un peu incrédule et nous voilà embarquées dans un bus autrement confortable que ceux des transports en commun. Là encore, moment de flottement, où s’est-on laissées embarquer là ? mais non, cette jeune femme trop contente de pouvoir rendre service à deux françaises nous a tout simplement déposées, sans vouloir de dédommagement, à notre arrêt habituel, hallucinant, je n’en reviens  toujours pas !! Dommage elle n’avait pas de carte, mademoiselle j’aurais aimé vous envoyer un petit mot de France.

Et voilà comment cette longue journée du Vendredi Saint en terre maltaise s’est terminée. Ce que j’ai vu m’a grandement satisfaite, ce cortège est magnifique et j’admire le courage de ces hommes portant ces lourdes statues. Je souhaite pour ce peuple que cette tradition perdure. Maintenant à voir ce que la mini-procession du « Easter Sunday » nous révélera, car à ce moment précis, je suis toujours sur des suppositions et des hypothèses.

Demain, changement de décor, nos pas vont nous mener vers les cités jumelées de Mdnia-Rabat.

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